Emmanuel Pavis – Un éleveur herbager au coeur du pays du maïs !

Une alimentation à l’herbe au pays du maïs, c’est possible !

 

paturage-tournant-dynamiqueEmmanuel Pavis et son épouse Félicia élèvent leurs vaches laitières uniquement avec de l’herbe dans le secteur de Desertine. Le nord de la Mayenne (53) est connu pour ses rendements maïs exceptionnels. Selon les agriculteurs locaux, les rendements avoisinent les 20 tonnes de matières sèches. La petite taille de l’exploitation ainsi que la forte pression foncière orientent l’agriculteur vers l’optimisation de son outil de production plutôt que vers la course aux surfaces. Pour valoriser l’herbe au maximum, Emmanuel fait appel en 2014 à Guillaume Baloche conseiller chez Paturesens.

Une transition par étapes : lors de son installation en 2008 Emmanuel convertit sa ferme à la bio. Il conserve une partie de ses surfaces en maïs (16ha), mais les rendements ne sont pas au rendez- vous. Après 3 ans de conversion, le maïs a totalement disparu de l’assolement. L’éleveur juge la culture trop contraignante et estime que les rendements sont insuffisants comparé à une prairie. En effet, l’an dernier, le troupeau laitier a valorisé 15 tonnes de matières sèches d’herbe par hectare en dix passages. Aujourd’hui l’exploitation dénombre 50 ha de prairies multispécifiques groupées (Ray-grass, trèfle blanc, fétuque…) et 2 ha de mélo, un mélange triticale/pois/avoine. Ce mélange permet de compléter les animaux en vêlage d’hiver. Les 45 normandes ont accès à l’intégralité des prairies. La ferme est découpée en paddock de 0,52 ha. Les animaux passent une journée par parcelle de mi-mars à fin décembre. Le facteur limitant au pâturage est souvent la portance.

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Pour assurer un certain confort à ses animaux tout au long de l’année, des haies ont été plantées dès l’installation. Les arbres assurent un ombrage lors des fortes chaleurs estivales, limitent le vent et protègent de la pluie. Fréquemment en été, Emmanuel utilise deux paddocks simultanément : un pour le jour avec ombrage, un pour la nuit sans arbres. Les animaux apprécient la protection et ne souffrent pas du temps normand souvent pluvieux. Pour garantir un déplacement facile du troupeau malgré la pluie, un chemin empierré surélevé distribue l’ensemble des parcelles. Ce chemin, couvert par une grande canopée, est protégé des intempéries. Les animaux arrivent propres à la salle de traite.

En période de sec, l’anticipation prime. Il arrive régulièrement en fin d’été que la pousse de l’herbe ralentisse et ne suffise plus à assurer l’alimentation du troupeau. Pour ne pas se faire surprendre par un manque d’herbe, devoir arrêter la rotation pour laisser la flore se reposer, il est nécessaire de connaitre en permanence son stock d’herbe sur pied (feedwedge). Le couple d’agriculteur effectue un relevé des hauteurs d’herbe une fois par semaine. « Je ne peux pas commencer à travailler si je ne connais pas l’état de mon stock. Tous les lundi la semaine commence par une mesure à l’herbomètre afin de définir les prochains paddocks à pâturer. » déclare Emmanuel. Si l’herbe vient à manquer, l’éleveur laitier ajoute du foin dans les parcelles et rationne les animaux. L’objectif de cette pratique est de continuer la rotation jusqu’à la prochaine pluie. La consommation totale de foin peut être réduite, de plus, la production de lait se maintient grâce à une part d’herbe dans l’alimentation. En revanche, sans anticipation, un arrêt du pâturage et une alimentation composée exclusivement de foin réduit fortement la production de lait.

paturage-tournant-dynamique-3Le feedwedge est indispensable tout au long de l’année. Au printemps cette pratique permet de débrayer les parcelles à faucher. En été il aide à anticiper le manque de nourriture, en hiver il détermine la période d’arrêt du pâturage. Pour assurer une croissance rapide de l’herbe au printemps suivant, il est important de ne pas trop raser les parcelles en fin d’automne. Le pâturage doit être arrêté lorsque la quantité moyenne d’herbe sur la ferme est à 2000 kgMS/ha, l’herbe ne doit pas être broyée. Ce niveau moyen permet de conserver un échelonnement de la pousse de l’herbe au printemps. Les premières parcelles seront ainsi pâturables très tôt en sortie d’hiver.

La réalisation des stocks hivernaux est un challenge annuel. Pour gérer le pic de production printanier et conserver de l’herbe de qualité tout l’été, une partie des parcelles doit être débrayée. Dans un système classique l’outil le plus adapté à la récolte de fourrage tôt au printemps est l’enrubannage. Cette pratique permet de relancer les parcelles dans la rotation 4 semaines après la fauche alors que la récolte en foin demande plus de temps et limite les fenêtres d’interventions. Cependant pour des contraintes liées au cahier des charges de la laiterie, les fourrages fermentés sont interdits. Il est donc nécessaire de développer un autre moyen de récolte. Le foin est souvent difficile à faner avant mi-juin. Le séchage en grange semble être adapté. Pour ne pas trop pénaliser ses résultats économiques, Emmanuel imagine dimensionner le projet au plus juste,investir dans du matériel d’occasion et auto-construire le maximum d’éléments.En attendant que le projet se concrétise, Emmanuel pense pouvoir faire sécher des bottes dans un séchoir alimenté par un méthaniseur situé non loin du siège de l’exploitation.

L’ancienne génétique basée sur la race normande est aujourd’hui remise en question. Les animaux spaturage-tournant-dynamique-4ont lourds ce qui limite le pâturage en sortie d’hiver. Cette année, différentes races ont été introduites afin de mixer la génétique. Pour commencer, le troupeau a été croisé avec la prim’holtein, la montbéliarde et la jersiaise pour ses capacités de valorisation de l’herbe. L’an prochain Emmanuel souhaite introduire du sang de frisonne néo-zélandaise afin de profiter de son petit gabarit. Une politique de croisement trois voies est en cours d’élaboration afin de maximiser l’effet d’hétérosis.

L’âge au vêlage vient d’être réduit à 24 mois, cette stratégie permet de limiter le nombre d’animaux improductifs. La surface disponible pour le troupeau laitier est alors supérieure. Afin de garantir la réussite des vêlages à 24 mois, deux techniques sont utilisées : les vaches nourrisses et les couloirs d’engraissement.

Pour sa première année d’essai, Emmanuel a sélectionné les vaches nourrisses chez les animaux à problèmes (cellules, trayons déformés, inflammations…). Cette année, il n’a eu aucun refus d’adoption. Par la suite, l’agriculteur pense sélectionner des animaux spécifiques pour élever ses veaux. Les diverses expériences en matière de nourrisses qu’il a pu recueillir,encourage à conserver une bonne part de sang prim’holstein afin d’éviter les refus d’acceptation.L’utilisation de vaches nourrisses affranchissent l’éleveur des contraintes physiques liées au transport du lait (sceaux…). Le risque de diarrhées est également écarté, en effet, la température du lait est toujours optimale ainsi que le nombre de tétées.Après avoir passé quatre à cinq jours avec leur mère pour boire le colostrum,les veaux sont répartis chez les mères adoptives. Chaque vache élève 3 veaux pendant 8 à 9 mois.Le troupeau d’Emmanuel nécessite uniquement quatre vaches pour assurer son renouvellement.

Après le sevrage, pour garantir un poids suffisant au premier vêlage, la croissance des génisses doit être optimale. Afin de limiter les frais, l’alimentation hivernale se compose uniquement de foin. L’agriculteur compte sur la croissance compensatrice pour atteindre ses objectifs. Dès la sortie au pâturage, les futures laitières sont conduites en couloir avec un changement de parcelle quotidien. Cette technique permet de disposer en permanence d’une herbe de qualité. La taille variable des parcelles permet de faire évoluer la quantité de nourriture disponible au fur et à mesure de la croissance du lot. La largeur constante des couloirs (40 mètres) facilite la division ultérieure en petits paddocks et simplifie le travail quotidien. Les parcelles dédiées aux génisses sont les plus éloignées de la salle de traite. Cette organisation spatiale est un gain de temps et limite la distance parcourue par le troupeau laitier.

L’utilisation combinée de ses deux outils assure une croissance régulière des génisses tout en limitant des frais d’élevage.Afin de maximiser la gestion de l’herbe et de simplifier le travail, les vêlages groupés seraient idéals. Cependant, dans le but de garantir un approvisionnement régulier de la petite laiterie bio, Emmanuel Pavis ne souhaite pas grouper ses vêlages. En effet, durant la période de tarissement hivernal, la laiterie se retrouverait deux mois sans matière première, un élément pas encore pris en compte dans l’organisation de celle-ci.

Emmanuel apprécie son système herbager simple et efficace qui limite l’utilisation de matériel. Les performances économiques sont au rendez-vous, le coût alimentaire est proche de 50€ selon ses estimations. L’éleveur heureux est impatient de traire ses premières vaches croisées !

Article rédigé par Guillaume Tant pour en savoir plus www.paturesens.com ou www.je-pature.com

 

 

 

A propos de GUILLAUME TANT

Fils d’éleveur ovin du sud-ouest, passionné par l’agriculture, je me suis orienté vers une formation d’ingénieur. Pour améliorer mes connaissances en système d’élevage et gestion herbagère, j’ai travaillé plusieurs mois dans diverses fermes ovines en Nouvelle-Zélande. L’exploitation principale était située dans les collines arides du Wairarapa. Nous engraissions 15 000 agneaux par an et près 2000 taurillons laitiers sur 700 ha d’herbe, selon le principe du TechnoGrazing (couloirs). Lors de ce voyage, j’ai découvert la gestion pointilleuse de l’herbe et les miracles du duo plantain/chicorée en conditions sèches.Pour compléter ma formation, j’ai arpenté le pays des cowboys durant 4 mois à la rencontre des experts américains de la gestion du Sol. Nos discutions se concentraient sur deux thèmes : l’agriculture de conservation et l’intégration de l’élevage dans les « GreatPlains ». Ma double compétence élevage – agronomie est un atout mis en valeur au quotidien sur l’exploitation familiale. J’ai pour habitude de naviguer à contre-courant du système et pour devise « Think outside the box ».

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