Jean-Michel Murzeau, un vendéen passionné par le pâturage tournant dynamique

Jean-Michel Murzeau est agriculteur en Vendée sur la commune de Chambretaud.Passionné par son métier, à la recherche de l’innovation permanente, il adopte un système « couloir »pour son troupeau allaitant.

paturage-tournant-dynamique-5Les prairies sont groupées autour du siège de l’exploitation. En 2014, l’intégralité des 85 ha de prairies sont découpés en couloirs de 40 mètres. Cet outil permet de faire facilement varier la taille des parcelles en fonction de la dimension du lot et de leur besoin. Dans un système spécialisé dans l’engraissement à l’herbe, l’utilisation de couloir est indispensable pour assurer de la flexibilité. Les animaux sont déplacés quotidiennement, le temps de travail est limité, l’éleveur estime consacrer 1h30 par jour pour déplacer ses 4 à 5 lots d’animaux. Ce mouvement régulier et la faible taille des parcelles apportent une répartition des bouses idéale et avec les années, les parcelles deviennent homogènes et la flore s’améliore. Aujourd’hui le mélange prairial est majoritairement composé de Ray-grass anglais, de trèfle blanc et violet et de plantain.

Le troupeau charollais inscrit est répartis en deux lots : 50 vêlages d’automne (septembre) et 40 vêlages de printemps (février). Pour le moment, lespaturage-tournant-dynamique-2 vêlages se déroulent en bâtiment afin d’avoir les animaux à proximité en cas d’intervention. Par la suite, Jean-Michel ne souhaite plus intervenir, il choisit aujourd’hui des animaux à vêlage facile. Pour continuer cette démarche de simplification du travail, le changement de race est envisagé pour s’orienter vers des animaux plus rustiques. L’Aubrac est en tête de liste, le faible gabarit des animaux, les bonnes qualités maternelles ainsi que la facilité de vêlage intéressent Jean-Michel.

L’objectif de l’éleveur est de produire le moins cher. Dans cette démarche, et après quelques calculs de coin de table, l’agriculteur a supprimé le maïs ensilage. « Les rendements sont trop faibles, bien souvent nous produisons plus d’herbe que de maïs à l’hectare »déclare M. Murzeau. L’intégration de flore d’été à base de chicorée, plantain, trèfle blanc et violet permet d’allonger la saison de pâturage. Ces plantes très agressives sur l’eau poussent jusqu’au mois d’août sans trop de difficultés. Elles apportent une nourriture de qualité pour engraisser des animaux une fois les flores dites « conventionnelles » grillées (RGA…). Les animaux sont sevrés sur ces parcelles afin de garantir une croissance adéquate.En 2016, Jean-Michel a implanté 15 ha de ce mélange pour répondre à ses besoins.

paturage-tournant-dynamique-3Pour pallier au manque de pousse en fin d’été et hiver, des stocks sur pied sont réalisés. Certaines parcelles ne sont pas fauchées. Après un premier passage de déprimage au printemps, des couloirs entiers ne sont plus pâturés avant l’été. Cette technique permet de constituer des stocks d’herbe sur pied utile pour nourrirà moindre coût des animaux aux besoins faibles. Un choix de plantes judicieux facilite cette pratique. Le plantain est particulièrement bien adapté, malgré un stade végétatif avancé, il conserve de l’appétence. L’objectif de cette pratique est de limiter les charges de mécanisation onéreuses et le temps de travail au printemps. Une autre astuce pour gagner du temps est de constituer ses stocks sur pied un couloir sur deux afin de conserver les lignes de clôture propres grâce au pâturage.

Actuellement, les animaux mettent bas à l’âge de 30 mois. Pour limiter les besoins en stock fourrager, la concentrationles vêlages au printemps et une réduction de l’âge au vêlage à 24 mois sont des leviers importants. Les flores riches en légumineuses soutiennent une croissance régulière et permettent d’atteindre les objectifs fixés. Le « salve mob » est une pratique qui consiste à faire suivre deux lots d’animauxdont les besoins sont différents afin de favoriser la croissance du premier lot. Les deux lots passent sur la même parcelle avec un jour d’intervalle. Le premier lot profite de la qualité tandis que le deuxième consomme les restes. La taille des parcelles est définie pour couvrir les besoins des deux lots ce qui évite le surpâturage. Une hiérarchisation des lots en fonction de leur besoin et objectif de croissancepermet de déterminer le lot 1 et 2. Chez Jean-Michel, les veaux sevrés passent en premier, les génisses pleines de 24 mois en vêlage d’automne les suivent.

De nouveaux repères à acquérir.Dans une conduite à l’herbe, le printemps est une période cruciale. Une mauvaise gestion à cette période pénalise toute la saison. Il faut sortir tôt avant que l’herbe ne commence à véritablement pousser, afin de réaliser son premier tour et d’orienter le sens de la rotation. « Un herbager qui ne se fait pas peur au printemps est en retard sur sa rotation » explique Shane de la société Paturesens.

paturage-tournant-dynamique-5Le chargement total de la ferme est assez faible, l’introduction d’animaux supplémentaires permettrait d’écrêter plus facilement le pic de pousse printanier. L’achat de 20 à 40 génisses d’engraissement est envisagé en années favorables. En cas de manque d’herbe, les animaux sont vendus, la plus-value est réalisée sur le gain de poids. Celle-ci est variable en fonction des conditions de pousse de l’année. En année favorable, les animaux sont vendus avant l’hiver.Cette stratégie valorise l’herbe de qualité au printemps, diminue les besoins hivernaux et restreins la quantité de stocks à réaliser.

Après deux années de mise en place du système, Jean-Michel est satisfait du changement. « Je ne reviendrais pas en arrière » a-t-il répété à plusieurs reprises, la flexibilité et la réduction du temps de travail sont très appréciés. Maintenant, la technique maitrisée, la génétique reste à adapter afin de simplifier la reproduction et les vêlages. En conclusion, malgré un prix de vente de la viande variable, le coût de production faible diminue le stress quotidien. Le sourire est toujours présent sur le visage de l’éleveur.

 

La présence de couloir facilite la gestion du troupeau malgré les mutations permanentes d’effectifs liées à un changement de système. Cependant, en régime de croisière, pour le troupeau reproducteur, un parcellaire fixe diminue d’autant plus le temps de travail. Les couloirs seront conservés pour assurer l’activité d’engraissement qui nécessite une flexibilité de taille parcellaire.

Article rédigé par Guillaume Tant pour en savoir plus www.paturesens.com ou www.je-pature.com

A propos de GUILLAUME TANT

Photo du profil de GUILLAUME TANT
Fils d’éleveur ovin du sud-ouest, passionné par l’agriculture, je me suis orienté vers une formation d’ingénieur. Pour améliorer mes connaissances en système d’élevage et gestion herbagère, j’ai travaillé plusieurs mois dans diverses fermes ovines en Nouvelle-Zélande. L’exploitation principale était située dans les collines arides du Wairarapa. Nous engraissions 15 000 agneaux par an et près 2000 taurillons laitiers sur 700 ha d’herbe, selon le principe du TechnoGrazing (couloirs). Lors de ce voyage, j’ai découvert la gestion pointilleuse de l’herbe et les miracles du duo plantain/chicorée en conditions sèches.Pour compléter ma formation, j’ai arpenté le pays des cowboys durant 4 mois à la rencontre des experts américains de la gestion du Sol. Nos discutions se concentraient sur deux thèmes : l’agriculture de conservation et l’intégration de l’élevage dans les « GreatPlains ». Ma double compétence élevage – agronomie est un atout mis en valeur au quotidien sur l’exploitation familiale. J’ai pour habitude de naviguer à contre-courant du système et pour devise « Think outside the box ».

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