Le déprimage, phase essentielle d’un bon début de saison printanière

Les températures douces (mesures moyenne de 30 exploitations bretonnes : 8.2°C au sol) et les pluies régulières de cette fin d’hiver sont propices au bon déprimage des prairies. C’est une phase physiologique essentielle importante. Attention cependant à bien planifier pour ne pas se retrouver à court d’herbe.

Sortie d’hiver, période cruciale

L’hiver est la période de l’année où le pâturage sous le stade 1500 kg MS endommage peu la repousse des graminées productives (Ray-Grass, fétuque). Le premier pâturage ras autour de 3 cm (1200-1300kg de MS) est  compatible avec une repousse vigoureuse . Les réserves énergétiques (sucres solubles)  sont concentrées au niveau de la gaine en raison d’une faible dynamique de croissance et du peu de consommation d’énergie pendant en raison des températures froides.

Ce pâturage ras permet deux choses essentielles au niveau de la  prairie :

 

cycle du trèfle blanc au fil des saisons

–  Augmenter le tallage des graminées afin de favoriser la densité des prairies et une meilleure couverture du sol, tout en conservant un maximum de graminées productives. (Korte, C et al. 1984).  En effet, un premier pâturage ras stimule la production de nouvelles talles, produites à la base de la talle principale

 

–        Faire de la lumière au trèfle blanc : les stolons développés au court de la saison dernière ayant été enterrés par l’activité des lombrics (turicules) et le passage des animaux à l’automne précédent sont restés tout l’hiver sous terre. Par la reprise de croissance et leur allongement, ils émergent de nouveau à la surface du sol.

 

 

 

Il est important de limiter la sélectivité des animaux à cette saison.  Une forte concentration permettra de limiter ce phénomènes tout en conservant un niveau de performance élevé.

Un chargement moyen instantané en 1/2 journée du troupeau est de l’ordre de 200 UGB/ha (0.5 are/ VL). Par cette méthode, seule de la flore compétitive pour la lumière  et de qualité se développera (Graminée productives et trèfle blanc).  Les conditions météorologiques actuelles  permettent de voir ces repousses 2-3 jours après pâturage

chargement instantané de 200 UGB/ha (0.5 are/vl)

.

Les risques de laisser trop de résiduels à cette période ci sont multiples :

–        Entraînera une réduction de la qualité au prochain tour et une diminution de la consommation des animaux

–        Peu de luminosité  au pied de la prairie  limitant ainsi la densité de la prairie et la proportion de  légumineuse

résiduels 1300 kgMS/ha
résiduels 1750 kgMS/ha

 

  • Planifier c’est gagner :

Sortir les vaches et laisser des faibles résiduels c’est bien et anticiper pour assurer une nutrition d’herbe en continu jusqu’à la pleine pousse  c’est mieux. La  mise en place d’un plan de déprimage intégrant  la ressource présente et la dynamique de pousse journalière permettra d’atteindre cet objectif.

En d’autres termes,  il est possible de fournir d’alimenter  son troupeau à hauteur de 30 à 50 % de la ration jusqu’à fin mars et redémarrer un deuxième passage rapide avec un chargement instantanée toujours important (100 UGB/ha, 1 are/vl) jusqu’au 10-20 avril selon la zone où l’on se situe.

Concrètement la stratégie de gestion tient compte :

– du couvert moyen sur son exploitation (kg de MS disponible par hectare)

– de la surface à déprimer (nombre d’hectare de disponible)

– de la dynamique de repousse journalière (kg de MS de pousse /jour)

– du besoin du troupeau ( kg de MS)

 

et l’azote dans tout ça ?

L’azote est un élément critique limitant la croissance et la production des plantes. Il est un composant majeur de la chlorophylle, le pigment le plus important nécessaire à la photosynthèse, ainsi que les acides aminés, les principaux éléments constitutifs des protéines.
La dynamique de croissance des plantes devient significative avec les températures de sol actuelles. L’application d’azote après le premier pâturage (organique ou minérale) à hauteur de 20-30 UN sera pleinement valorisé par la plante. Une réponse oscillant entre  7 : 1 et 10 :1  (autour de 7  à 10 kg de MS de pousse pour chaque kg d’azote appliqué) est attendu. Cela permet de réduire le temps de retour sur les premiers paddocks.

Cependant, il est important de retenir que la valorisation de l’azote par la plante est liée à sa dynamique de croissance. A cette période, c’est aussi celle où le trèfle fixe le plus d’N grâce à la croissance de son système racinaire et que pour le valoriser il faut le pâturer. Sachant que la dynamique est aussi influencée par le mode de pâturage, plus le temps de séjour sera court, meilleure sera la dynamique de repousse.

A propos de Florent Cotten

Photo du profil de Florent Cotten
Je suis ingénieur en Agriculture et issu du milieu laitier breton en système herbager. Après un BTS ACSE et des bonnes bases techniques acquises lors de divers stages en exploitations herbagères en France et à l’étranger, ma passion pour l’agronomie et les systèmes herbagers m’a amené à poursuivre mes études en cycle ingénieur. Lors de ce cursus, j’ai pris l’initiative d’améliorer mes connaissances en science du sol et des plantes en système pâturant à travers une expérience en nouvelle Zélande. J’ai pu identifier l’importance de la vie microbienne des sols sur l’’amélioration de la qualité du fourrage produit. J’ai aussi profité d’être sur le continent des All blacks pour améliorer mes connaissances sur la gestion pointilleuse de l’herbe en travaillant sur une ferme laitière, avec un troupeau de 600 vaches géré sur 200 hectares. Par la suite, ma spécialisation en agronomie production végétale m’a conforté dans mon choix de continuer à approfondir mes connaissances sur la gestion prairiale et plus particulièrement sur le pâturage rationnel. J’ai pu évaluer au sein du réseau de l’INRA de Toulouse l’influence des prairies long terme multi espèces sur la durabilité des systèmes d’exploitation, mais surtout l’importance du mode de gestion de l’herbe vis-à-vis de la productivité des prairies. Mes diverses expériences terrain à travers différents pays du globe m’ont permis de mettre en avant l’influence positive du pâturage sur la durabilité du système d’exploitation, mais aussi et surtout l’influence du mode de gestion des plantes comme facteur favorable sur la longévité de la prairie et la rentabilité de l’exploitation. Consultant à PatureSens, j’ai pour objectif d’apporter mon savoir faire et mes connaissances, aussi bien au niveau conseil en élevage laitier qu’en agronomie, dans un but d’améliorer la productivité et la durabilité des exploitations bovines.

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