Redonner une valeur économique à l’herbe

Avec un prix du lait durablement bas, la maîtrise du coût de production qui est une composante essentielle de la rentabilité est une priorité. La valorisation de l’herbe par le pâturage est une solution intéressante. En optimisant les pratiques de pâturage, la pousse est maximisée et la production à l’hectare confortée.

Avec un cours de  la matière azotée élevée et des prix de la viande et du lait peu rémunérateurs, la rentabilité diminue. Afin de passer le cap, il est possible d’ajuster le système d’alimentation pour en minimiser le coût. En plus de maîtriser le coût alimentaire, le pâturage est synonyme de moindre frais d’élevage.. Bien que l’aspect accessibilité soit souvent cité comme un frein à la valorisation de l’herbe, de nombreuses exploitations possèdent une surface accessible non négligeable pour mettre en place un système de pâturage rationnel ( exemple : les exploitations bretonnes possèdent en moyenne 55 ares accessibles par vache; source réseau des Contrôle laitier). Le grand ouest doit profiter de ce fort potentiel herbager, lié à ses sols riches en matière organique et surtout à son climat favorable à la pousse.

Jusqu’à 10 000 L de lait / ha en système pâturant

De nombreuses études concluent que plus la part d’herbe augmente dans la ration, plus le coût de production baisse (cf graphique)

côut de prod par rapport herbe patuér ration

Coût de production (exprimé en relatif aux coûts en NZ) pour la production de lait en fonction de la part d’herbe pâturée dans la ration annuelle des vaches ( Dillon et al., 2008)

Le centre de recherche Irlandais spécialisé dans le pâturage (Teagasc) montre que le coût de production est l’élément le plus corrélé à la rentabilité d’un système laitier. Le deuxième facteur est la production à l’hectare qui s’avère meilleur pour les systèmes pâturant avec des production par vache plus modestes..

En effet, il est envisageable de produire plus de 10 000 L par hectare en système herbager autonome alors que cette performance est peu courante en système maïs lorsque les surfaces nécessaires à la production de la source protéique pour équilibrer la ration sont comptabilisées

Le coût de l’herbe ?

Contrairement aux rumeurs n’affectant aucune valeur à l’herbe, cette dernière à un potentiel économique important. Et la  valoriser  par le pâturage renforce encore son intérêt puisque sa valeur alimentaire est maximale (0.9-1 UF) et le gaspillage est minimal (entre 5 et 10% de perte de MS contre 20-25% pour du foin (source AGROSCOPE). L’herbe pâturée coûte à produire entre 15 et 30 € par tonne de matière sèche (source Idele). Le foin et l’ensilage entre 60 et 80 €, l’enrubannée de 90 à 110 €. Le coût de production de maïs ensilage ne dépasse guère 60 € la tonne de matière sèche. Mais une fois équilibré en azote, on atteint facilement les 100 €/TMS de ration… En outre, avec un maximum de pâturage les gains de mécanisation sont considérables.

La valeur de l’herbe dans le temps

Fourrage le plus rentable pour l’éleveur, l’herbe pâturée au bon stade est aussi le plus équilibré pour l’animal sur l’aspect nutritionnel. Au stade feuillu, une graminée est un véritable concentré, affichant une valeur énergétique de 1 UFL et une teneur en MAT de près de 200 g /k g MS. Plus précisément,  une herbe pâturée au stade 3 feuilles a un ratio énergie sur azote équilibré, optimisant la valorisation des protéines dans le rumen et évitant les pertes sous forme d’urée. Ensuite, à l’épiaison les valeurs ne sont plus que de 0,8 UFL et 100 g de MAT par kg de MS.

Comment gagner en rendement au niveau de son pâturage ?

En 2014, le Teagasc montrait que chaque tonne de matière sèche supplémentaire d‘herbe pâturée dans la ration représente un gain en marge nette de près de 161 € / ha. En d’autres termes, le fait d’améliorer ses pratiques de pâturage et de gagner ne serait-ce qu’un tour supplémentaire de pâturage sur l’année peut représenter un gain considérable pour toutes les fermes.

Alors comment gagner ce tour de plus ? La solution repose sur un simple principe botanique mis en évidence dans les années 1950 par André Voisin, un agronome Normand mondialement connu. Cette méthode implique de diviser les parcelles pâturées en petites surfaces élémentaires qui permettent de s’adapter au cycle de croissance de l’herbe. L’objectif est de pâturer la plante en phase de croissance (stade 3 feuilles) et de lui laisser suffisamment de surface foliaire après pâturage pour lui permettre de repousser plus rapidement. De cette manière, il est facile de gagner 1 à 2 tours de rotation dès la première année  de mise en place, par rapport à un système paddocks 3-4 jours. Soit une différence de 2 à 3 tonnes de matière sèche supplémentaires produites à l’hectare. A la fin de l’année, plus d’herbe valorisée signifie plus de lait à l’hectare. ce qui revient à dire que l’on est plus productif à l’unité de surface.

Les stades de développement de l’herbe

graph complet

A propos de Florent Cotten

Je suis ingénieur en Agriculture et issu du milieu laitier breton en système herbager. Après un BTS ACSE et des bonnes bases techniques acquises lors de divers stages en exploitations herbagères en France et à l’étranger, ma passion pour l’agronomie et les systèmes herbagers m’a amené à poursuivre mes études en cycle ingénieur. Lors de ce cursus, j’ai pris l’initiative d’améliorer mes connaissances en science du sol et des plantes en système pâturant à travers une expérience en nouvelle Zélande. J’ai pu identifier l’importance de la vie microbienne des sols sur l’’amélioration de la qualité du fourrage produit. J’ai aussi profité d’être sur le continent des All blacks pour améliorer mes connaissances sur la gestion pointilleuse de l’herbe en travaillant sur une ferme laitière, avec un troupeau de 600 vaches géré sur 200 hectares. Par la suite, ma spécialisation en agronomie production végétale m’a conforté dans mon choix de continuer à approfondir mes connaissances sur la gestion prairiale et plus particulièrement sur le pâturage rationnel. J’ai pu évaluer au sein du réseau de l’INRA de Toulouse l’influence des prairies long terme multi espèces sur la durabilité des systèmes d’exploitation, mais surtout l’importance du mode de gestion de l’herbe vis-à-vis de la productivité des prairies. Mes diverses expériences terrain à travers différents pays du globe m’ont permis de mettre en avant l’influence positive du pâturage sur la durabilité du système d’exploitation, mais aussi et surtout l’influence du mode de gestion des plantes comme facteur favorable sur la longévité de la prairie et la rentabilité de l’exploitation. Consultant à PatureSens, j’ai pour objectif d’apporter mon savoir faire et mes connaissances, aussi bien au niveau conseil en élevage laitier qu’en agronomie, dans un but d’améliorer la productivité et la durabilité des exploitations bovines.

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