Témoignage de Samuel MIGNOT – ABC, le robot en élevage laitier à l’herbe

Samuel MIGNOT

                     ABC, le robot en élevage laitier

 

xavier barat, innov'éco2, andré delpeche, mathieu bessièreDans l’Aube, Samuel et sa compagne Céline exploitent 155ha près du lac de la forêt d’orient. La ferme comprend un troupeau de 110 laitières renouvellement compris. Le troupeau évolue sur 25 ha de prairie fraîchement implantée. L’exploitation vient d’être convertie à l’agriculture biologique depuis ce printemps. Pour s’affranchir de la traite, Samuel a récemment investi dans un robot, acheté d’occasion (90 000€ pose comprise). Concilier robot et pâturage n’est pas une mince affaire. Samuel s’est orienté vers un système ABC pour maximiser l’utilisation du robot.

Les 65 vaches de race Prim’holstein ont à disposition 25 ha d’herbe. Pour créer une circulation fluide afin d’éviter les embouteillages à l’entrée xavier barat, innov'éco2, andré delpeche, mathieu bessièredu robot, la station est découpée en trois ilots : A, B et C. Les animaux changent de lot toutes les 8h. Chaque ilot représente une période de pâturage : A : le matin, B : l’après-midi, C : la nuit. Les ilots sont alimentés par deux chemins distincts. Les vaches sont orientées sur l’un ou l’autre en fonction de l’heure de passage dans la porte de tri. La porte est située après le robot. Les Prim’ sont donc obligées de se présenter régulièrement au robot pour pouvoir changer de parcelles.

Les ilots sont découpés en parcelles dimensionnées pour couvrir 8h des besoins du troupeau. La taille des parcelles est fixe : 0,2ha. Les besoins du troupeau sont équivalents toute l’année grâce aux vêlages réguliers. Les objectifs sont de 6-8 vêlages par mois. La charge de travail est ainsi répartie uniformément. Le troupeau doit au maximum marcher 700m pour rejoindre la parcelle la plus éloignée. Les vêlages réguliers et le système ABC sont des moyens efficaces de maintenir une activité maximale du robot tout au long de l’année.

xavier barat, innov'éco2, andré delpeche, mathieu bessièreLe travail de l’éleveur est limité, en période de pâturage, Samuel doit uniquement vider la dernière parcelle pâturée et ouvrir la parcelle suivante. Les horaires de « vide » sont définies : 8h30 vider la parcelle de la nuit, ouvrir la parcelle de l’après-midi ; 13h vider la parcelle du matin, ouvrir la parcelle de la nuit ; 19h 30 vider la parcelle de l’après-midi, ouvrir la parcelle du matin suivant. Les parcelles de la journée sont vidées environ toute les 8 h. Les laitières peuvent rester au maximum 16h dans la parcelle de la nuit si celles-ci ne sont pas passer d’elles même par le robot. L’éleveur constate de moins en moins d’animaux dans les parcs aux heures de fermeture : « en général il y a moins de 10 vaches restantes,[…] elles connaissent les horaires et attendent devant la porte ! ». Le confort de travail souhaité semble avoir été trouvé.

L’hiver les vaches rentrent en bâtiment, leur ration est composée de foin et de méteils ensilés. Les concentrés distribués au robot sont conservés toute l’année. En période de pâturage, les concentrés permettent d’attirer les animaux vers le robot : « il faut bien que mes vaches viennent se faire traire »explique Samuel.

Un changement sans embuche. Samuel vient de mettre en place le système pâturage en 2016. La sortie des bêtes a été retardée par la pose des clôtures, en effet, l’agriculteur a pris le temps d’ajuster la taille des portes en fonction des poteaux des parcs alentours pour maintenir le fil en position ouverte. Le manque de symétrie sur la station a compliqué la pose. Les premiers jours l’éleveur avait décidé de faire des portes de faibles largeurs (3-4m), mais la pluie de ce printemps a mis le système à rudes épreuves. Les entrées de parcelles étaient boueuses à la suite des va-et-vient des animaux. Samuel choisit d’ouvrir l’intégralité de la parcelle côté chemin, aujourd’hui, les traces de passages sont moins visibles.Les vaches se sont vite adaptées à ce nouveau système. Les deux premières semaines, il fallait les accompagner d’une parcelle à l’autre, aujourd’hui elles ont compris que l’herbe fraîche les attend de l’autre côté du robot. Elles circulent toutes seules !

Les frais de mise en place du système sont limités. Le coût du matériel de clôture est estimé à 6750€ (piquet acacias, fibres de verre, fils, poignées…) soit 270€/ha. Il faut ajouter à cela 5000€ pour le système d’irrigation soit 200€/ha. Toutes les parcelles sont équipées d’un raccord rapide. L’abreuvoir est déplacé avec le troupeau. Le coût global s’élève à moins de 500€ par hectare d’infrastructure, soit moins qu’une mélangeuse !Samuel estime avoir travaillé 15 jours pour mettre en place l’intégralité de la station. L’agriculteur ne pense pas stabiliser les chemins pour le moment, une économie certaine.

xavier barat, innov'éco2, andré delpeche, mathieu bessièreQuelques refus sont observés, la sortie tardive des animaux conjuguée à la présence de brome dans les paddocks diminue l’appétence de certaines parcelles. La race prim’holstein est très difficile, Samuel a essayé de faire pâturer des génisses après les vaches laitières pour consommer les refus, l’expérience fut sans succès.  Il a finalement investi dans une autochargeuse de petit gabarit pour pouvoir récolter les refus et les distribuer directement aux vaches taries et aux génisses. Il avait pensé utiliser un broyeur, mais le problème n’est pas résolu, la forme des refus s’en trouve uniquement changée. Les refus deviennent allongés suivant la trainé laissée par l’outil. Une troupe de vaches allaitantes moins exigeantes pourrait être utilisée pour valoriser le refus directement au champ. Leur croissance ne serait pas optimale, mais ces animaux sont au service de l’ensemble du système. (Prochaine parcelle pâturée, un régal !)

L’année 2016 est pour le moment favorable au pâturage. Les pluies abondantes stimulent la pousse de l’herbe. Les sols de graves drainants ne craignent pas les amas d’eau, mais la réserve utile est faible. Cependant, la courbe naturelle de pousse d’herbe n’est pas un dôme. L’éleveur remarque un creux estival. Pour pallier à ce déficit de croissance, deux leviers sont actionnés par l’éleveur : l’utilisation d’espèces à enracinement profond et l’irrigation. Une nappe phréatique se trouve à 3m de profondeur, grâce à l’implantation de chicorée. Samuel souhaite valoriser l’eau de la nappe directement. Lors de la pose des clôtures, une porte centrale a été installée afin de laisser un passage libre pour l’enrouleur. Si les conditions climatiques tendent vers la sècheresse, l’agriculteur pourra continuer sa production.

Les veaux sont élevés en niches individuelles jusqu’au sevrage. Ils sont nourris à l’aide d’un milkbar. La conversion en agriculture biologique oblige la mise en place de niches collectives.Les veaux ne sont plus écornés, aucun incident n’a été noté.Dès le sevrage à l’âge de 2-3 mois, le renouvellement est mené en extérieur, à l’herbe, dans des couloirs d’engraissement au pied de la ferme.Les veaux de l’année sont séparés des génisses de plus d’un an. Celles-ci sont conduites dans un couloir d’engraissement en rotation 72h dans les parcelles situées à plus de 700m du robot. Ce lot de génisses est complété par les vaches taries pour ne pas encombrer le trafic sur le système ABC. L’un des objectifs originaux était de faire pâturer ce lot de génisses sur les parcelles débrayées des laitières. Les premières tentatives n’ont pas été concluantes, les jeunes ne consomment pas les refus et surpâturent les autres zones. Pour le moment les génisses vêlent aux environs de 28 mois.L’éleveur souhaite réduire cet âge à 24 mois. Pour maximiser ses chances de réussite, Samuel pense réduire le gabarit de ses animaux.

Afin d’améliorer les performances du troupeau à l’herbe, Samuel envisage de croiser ses prim’holsteins avec des races plus rustiques. Néanmoins, un gabarit minimal doit être conservé pour le robot. La jersiaise, trop petite, ne fait pas partie de la sélection. La normande, race assez lourde, pénaliserait les performances par des besoins en entretien trop importants. L’objectif du croisement est de maximiser l’effet d’hétérosis, la Simmental semble être un bon compromis. Dans un deuxième temps, une troisième race pourra être intégrée à la troupe pour réaliser un croisement trois voies.

L’objectif d’un croisement trois voies est de maintenir un effet hétérosis permanent sur l’ensemble du troupeau. Le croisement trois voies consiste à partir d’une race pure A à inséminer avec un taureau de race B pour obtenir une femelle AB. Ce premier produit (AB) est inséminé avec un taureau de race C. Les femelles ABC seront inséminées avec un male A, la boucle, ainsi bouclée, se répète à l’infini.

L’effet d’hétérosis peut se résumer par la formule 1+ 1 =3. Dans les faits cela correspond à des caractéristiques de l’animal « F1 » supérieur en termes de qualité à la moyenne des deux parents.

La production laitière n’est pratiquement pas influencée par l’effet d’hétérosis (10 000L/an X 8 000L/an = 9 000L/an et non pas plus). En revanche les critères annexes : aplombs, facilité de vêlage, fertilité… s’en trouvent grandement améliorés. (Schéma du croisement trois voies à adapter selon ses objectifs)

Le système ABC désolidarise le troupeau. Les vaches deviennent solitaires, les chaleurs sont plus complexes à observer. La diminution des contacts avec le troupeau va dans ce sens. Pour se simplifier la tâche, Samuel a ajouté un taureau à la troupe de vache. Il suit le même parcours que celles-ci (porte de tris…), mais diminue d’autant plus les astreintes. Economiquement, le taureau n’est pas un avantage certain selon l’éleveur, mais les économies de trésorerie estimée à 500€ par mois ne sont pas négligeables. Dans le cas d’un croisement trois voies, la gestion avec un taureau pourra devenir plus complexe. Pour continuer le travail génétique sur le troupeau une option serait de vasectomiser le taureau afin que celui-ci travaille à la place de l’éleveur pour le repérage des chaleurs. Laissant ainsi le soin à ce dernier de sélectionner la génétique adaptée à chacune de ses bêtes et de son système.

            La ferme vient de commencer sa conversion au système ABC, les conditions climatiques favorables simplifies la tâche. Nous attendons un cycle de production complet avant de tirer des conclusions hâtives. La résilience du système en conditions extrêmes reste à démontrer. L’introduction d’une nouvelle génétique risque de modifier intégralement les performances du troupeau. Un système intéressant dont il faut absolument suivre l’évolution.

A propos de GUILLAUME TANT

Fils d’éleveur ovin du sud-ouest, passionné par l’agriculture, je me suis orienté vers une formation d’ingénieur. Pour améliorer mes connaissances en système d’élevage et gestion herbagère, j’ai travaillé plusieurs mois dans diverses fermes ovines en Nouvelle-Zélande. L’exploitation principale était située dans les collines arides du Wairarapa. Nous engraissions 15 000 agneaux par an et près 2000 taurillons laitiers sur 700 ha d’herbe, selon le principe du TechnoGrazing (couloirs). Lors de ce voyage, j’ai découvert la gestion pointilleuse de l’herbe et les miracles du duo plantain/chicorée en conditions sèches.Pour compléter ma formation, j’ai arpenté le pays des cowboys durant 4 mois à la rencontre des experts américains de la gestion du Sol. Nos discutions se concentraient sur deux thèmes : l’agriculture de conservation et l’intégration de l’élevage dans les « GreatPlains ».
Ma double compétence élevage – agronomie est un atout mis en valeur au quotidien sur l’exploitation familiale. J’ai pour habitude de naviguer à contre-courant du système et pour devise « Think outside the box ».

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